L’individu perçoit et raisonne ses relations en fonction non plus de ses devoirs, comme ses aïeux, mais de
ses droits. L’individu est en effet libre d’exister personnellement et d’avoir des droits sans mettre en cause la survie du groupe. C’est
une mutation majeure de notre société.
Pendant des millénaires, la société traditionnelle a été orientée vers la reproduction de la vie et la transmission,
de génération en génération, d’un patrimoine biologique, matériel, culturel et spirituel. A cause de l’évidence de la mort, toujours
prématurément possible, et la fragilité de l’existence, il fallait, pour accomplir cette mission, que l’individu s’efface au profit du
groupe.
La
survie de la famille imposait à chacun des obligations et élevait le
devoir au niveau de vertu. Peu d’événements
relevaient d’une décision personnelle. Les deux indices de mortalité
et de fécondité s’équilibraient et étaient réglés par le destin. La
courbe démographique était subie. Le bonheur était tout
relatif, l’urgence faisait loi et les attentes étaient très
réduites. Deux mots résument les relations dans le couple et la famille
au fil de ces siècles : survivre et transmettre.
Face à cette nécessité, les relations au sein de la famille se définissaient par les devoirs
: les devoirs du mari et ceux de l’épouse, les devoirs du père et ceux
de la mère, les devoirs des enfants et même… le « devoir
conjugal » ! C’était la forme relationnelle obligée au sein du
couple et de la famille. Les devoirs de chaque membre de la famille
correspondaient à un rôle qu’il jouait et ce rôle lui
donnait une identité. L’enseignement de l’Eglise consista souvent à sacraliser
et à sublimer
ces obligations. Ainsi la femme devait trouver son identité dans son
rôle et ses devoirs de mère. Il lui était très difficile de se
construire une identité personnelle en dehors de ce rôle. Cela
amena une confusion entre rôle social et identité personnelle.
Depuis
les années 1950-1960 en Occident, la durée de la vie humaine a fait et
continue de faire un bond vertigineux,
ce qui a provoqué un changement fondamental des relations dans la
famille et de la société. Ainsi, la durée de vie du couple est passée de
13 à 44 ans entre 1920 et aujourd’hui.
Ces évolutions considérables ont bien entendu posé de nouveaux problèmes, notamment davantage de solitude et d’isolement. De plus, avec ce nouveau type de relations basées sur les droits personnels, apparaît une augmentation des attentes et par conséquent de nombreuses occasions de frustration. Contrairement à l’ancien système qui procurait à l’individu une identité limitée dans le devoir accompli et le rôle donné par le groupe, désormais l’être humain, libéré des contraintes ancestrales, porte seul le fardeau de son existence. D’où la grande question de l’identité personnelle qui se pose aujourd’hui.
A l’image de l’ordinateur par rapport à la première machine à calculer mécanique, la situation actuelle de l’homme est certes plus complexe et par là même plus fragile que celle de ses ancêtres mais elle devient aussi plus performante. Les trois aspects sont indissociables. Elle ouvre la possibilité à plus d’épanouissement. C’est une chance à saisir aujourd’hui pour les chrétiens de pouvoir participer à ce défi grâce à l’adaptation de leurs dons.
Le
christianisme étant une religion tournée vers l’extérieur, nous sommes
appelés à être le sel, la lumière de la
terre. Cette attitude nous conduit à mener les combats dont le monde
a vraiment besoin et à avoir des débats opportuns pour nos
contemporains. Mais il est des fois symptomatique de voir le
décalage certain dans les préoccupations et le témoignage des
chrétiens en face des besoins réels du monde. On constate par exemple
chez certains une obsession par rapport à la micro-éthique (les détails de la vie quotidienne, un peu à l’image des lois des pharisiens) et une grande négligence vis à vis de la macro-éthique qui concerne le racisme, la violence, l’environnement économique.
Comme
le commente Maillot en paraphrasant Ecclésiaste 3, « combien d’hommes
déchirent là où il faudrait
recoudre et cousent quand il faudrait déchirer ? » Il faut donc
vivre dans son temps et non à contre temps. L’homme est tenté de se
réfugier dans le passé avec le regret des occasions
manquées ou il se laisse dévorer par l’avenir et ses illusions
enchanteresses. Et pendant ce temps là, il laisse vide l’heure présente
qui lui était donnée. Or la Sagesse, c’est justement de ne
pas manquer l’heure, mais de la saisir comme et quand elle se
présente, et de s’y adapter avec ses dons.
D'après un article de J. Poujol

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